27 juin 2009
Le tournoi de Silvermoon 3
Nous nous installâmes sur le même toit que d’habitude pour observer les combats de la journée. Pour la première fois je remarquais sur la droite des gradins, au niveau de la loge princière, la présence du chancelier, de sa femme, une plantureuse elfe visiblement ennuyée par le spectacle offert et des principaux conseillers du chancelier. Ce dernier, vêtu d’une robe verte brodée de fines coutures dorées, semblait totalement absorbé par le combat qui se déroulait sous ses yeux.
Le duel opposait un archimage humain à une druidesse des elfes de la nuit. Celle-ci avait immobilisé à l’aide de racines surgies du sol le mage qui essaya plusieurs sorts pour venir à bout de sa prison végétale sans succès. Enfin, il y parvint en versant quelques gouttes d’une potion tirée d’une poche cachée de sa tenue. Au contact du liquide inconnu, les racines se flétrirent presque instantanément. Mais l’elfette n’était pas restée là sans rien faire et elle crucifia l’humain lorsqu’elle invoqua un vent violent qui fit valdinguer le mage en dehors des limites du terrain. L’humain se retrouva les quatre fers en l’air, sa robe renversée sur sa tête. Plusieurs pages vinrent aider l’humain à garder sa dignité et à se relever pendant que les juges signalèrent à la druidesse sa qualification pour le prochain tour.
Sans temps-mort ou presque, les combattants suivants arrivèrent. Un prêtre draenei affronta un mage elfe de sang. Ce dernier ne cachait pas le mépris que lui inspirait l’être à la peau bleutée. Sitôt le début du duel annoncé par les juges, mon compatriote se protégea de futures attaques en conjurant un bouclier doré puis passa directement à l’offensive en faisant sortir cinq flèches enflammées du bout de son bâton. Les flèches volèrent rapidement en direction du prêtre qui invoqua la sainte lumière pour se défendre. Arrivée à moins d’un mètre du draenei, elles se consumèrent et il n’en resta que des cendres. L’elfe, voyant sa première attaque échouée, pressa son adversaire en lui envoyant plusieurs boules de feu. Le prêtre réussi à en esquiver deux mais il ne fut pas suffisamment rapide pour éviter la troisième qui le percuta à l’épaule. Grimaçant de douleur et se tenant l’épaule touchée avec son autre main, le nouveau venu en Azeroth était dans une situation difficile mais c’était sans compter son abnégation et son courage. Tentant de rassembler un semblant de concentration, il murmura un sort de robustesse, puis lança directement une attaque mentale contre son adversaire. Cependant, le mage elfe était déjà en train de préparer son prochain assaut et il invoqua une créature élémentaire : un phénix. L’oiseau de feu pris son envol pendant que son maître se pliait de douleur à cause de l’attaque mentale du draenei. Les huées du public marquèrent la première touche contre le favori de la foule. Et c’est sous ces mêmes huées que le phénix envoya une langue de feu engloutissant le prêtre. Les sifflets se transformèrent rapidement en vivat. Du draenei, il ne resta qu’une trace noir sur le sol sablonneux de la lice alors que mon compatriote ne fut au final qu’étourdi.
Le premier tour des duels magiques était terminé. Les combats de la journée avaient été riches d’instructions pour moi. Je relevais plusieurs techniques utiles en cas de conflit comme l’idée de tout de suite invoquer un bouclier protecteur puis chercher à immobiliser son adversaire avant de le bombarder de sorts plus destructeurs.
Déjà les spectateurs quittaient l’arène, les échos qui me parvenaient aux oreilles me permirent de comprendre que mon peuple avait apprécié le spectacle qui s’était déroulé aujourd’hui. Mais c’est toujours plus plaisant quand les personnes qui défendent nos couleurs gagnent me fit remarquer Romano après que je lui ai rapporté les propos d’un noble jubilant de la victoire face au draenei.
Le lendemain, un chaman tauren des plus imposants luttait contre une liche. L’arrivée du jeteur de sort de la dame noire fut précédée d’un rafraîchissement sensible de l’atmosphère. Alors que la température était jusque là plus qu’agréable, elle chuta brusquement de plusieurs degrés suffisamment pour que certaines personnes dans le stade mettent une cape.
- « Une liche en plein milieu de Silvermoon, c’est un affront au massacre des notre pendant la guerre ! Et personne ne dit rien, regarde le chancelier Rommath, il semble presque amusé », m’écriais-je
- « Calme-toi, pendant le tournoi, toutes les races ou les non-races sont les bienvenus. Ne va pas déclencher un incident diplomatique à causse d’une fougue enfantine et mal placée », me répondit sèchement Romano.
- « Une fougue enfantine », marmonnais-je un peu vexé.
Je ne pus lui faire ravaler sa réplique que le combat était déjà fini. La liche avait immobilisé le tauren grâce à un bloc de glace qui remontait jusqu’aux genoux du chaman. Et sans la moindre hésitation, le non-mort avait brisé la glace avec son bâton, amputant le tauren de ses membres inférieurs par la même occasion.
29 mai 2009
Le tournoi de Silvermoon 2
Je m’étais levé aux aurores, non pas pour travailler un quelconque sortilège, mais pour voir défiler les étrangers participant à la manifestation. J’avais remarqué notamment un humain armé jusqu’aux dents avec une épée bâtarde accrochée dans le dos, un glaive placé dans un ceinturon au niveau des hanches et des dagues qui dépassaient de chacune de ses bottes. Cet humain portait une armure de plate complète avec un heaume totalement fermé ne laissant passer la lumière que par de fines fentes au niveau des yeux. Cela lui donnait un air plutôt comique quand il s’acharnait à tourner la tête dans tous les sens visiblement éblouis par la vision de la ville qui lui était offert.
J’avais pu observer également un orc à l’air décidé traverser rapidement la rue devant mes yeux. Il devait sûrement chercher une auberge car les participants n’étaient pas logés et devaient subvenir à tous leurs besoins eux-mêmes, même en cas de blessures. L’hospitalité de mon peuple avait des limites qui étaient rapidement franchies, pensais-je. Mais plutôt que de m’éterniser à la fenêtre de mon étude, je partis rejoindre Romano. Il avait un plan pour assister aux combats sans pour autant payer une place dans l’arène.
Pendant que je descendais les marches de la tour quatre à quatre, je repensais au programme de la journée. Le tournoi devait durer une semaine pendant laquelle les premiers jours étaient réservés aux rôdeurs et aux jeux d’adresse, au milieu de la semaine se déroulait les épreuves magiques et le tournoi se finissait par les combats avec plus particulièrement une journée consacrée aux joutes à cheval. J’avais très envie d’observer les duels magiques pour tenter d’apprendre deux trois petites choses sur les combats entre magiciens.
Je retrouvais Romano adossé au mur du Canard Pilet, une auberge modeste au nord de Silvermoon. Il regardait un nain barbu menacer une espèce de panda géant avec son marteau et on pouvait l’entendre hurler :
- « t’as bière est aussi fade qu’une poêlé d’rutabaga, ça à un goût d’chiote. Rien ne vaut la bière des maîtres brasseurs de Khaz Modan. »
- « Mais calmez-vous mon bon nain, en effet votre bière est bonne, mais je ne la trouve pas très alcoolisée », répondit le panda géant.
- « Comment ça, pas assez alcoolisée… »
La suite se noya dans le brouhaha de la foule tandis que je demandais à mon compagnon quelle était la race du géant aux poils noirs et blancs, je n’en avais jamais vu auparavant. Il me répondit un pandaren, mais je n’eus pas le temps d’attendre un éclaircissement qu’il m’entraîna déjà vers l’arène.
Les abords de l’arène étaient noirs de monde, tous cherchaient à se procurer des places pour assister aux spectacles de la journée. Nous nous dirigeâmes vers le nord de l’arène et alors que j’allais lui demander si finalement il n’avait rien trouvé pour rentrer sans payer, nous bifurquâmes dans une petite ruelle parallèle à l’amphithéâtre. Nous escaladâmes une maison offrant des prises faciles à l’ascension pour nous retrouver sur le toit avec une vue parfaitement dégagée sur la lice. Les gradins en bois étaient déjà bondés même s’il restait par-ci par-là des places encore non occupées. Les organisateurs avaient eu la présence d’esprit de les couvrir avec de grandes bâches noires et rouges et, sur chaque poteau tendant la toile, des oriflammes aux couleurs des différentes nations présentes voltigeaient au grès des caprices du vent. Les hérauts soufflèrent dans leurs longs cors pour signaler le début des festivités.
La journée tirait à sa fin, les jeux d’adresse n’avaient été guère passionnants. Le seul fait remarquable fut la flèche qu’un archer gnome se planta dans son propre pied et qui amena la remarque acerbe de la part de mon camarade :
- « c’est bien fait pour lui, manquerait plus que les gnomes mettent en place une cavalerie ».
Sans surprise, pourrais-je dire, les représentants de mon peuple remportèrent les épreuves de tirs à l’arc (ou au tromblon, j’te jure ces nains) à 50 pieds ainsi qu’à 80 pieds. Un troll avait bien résisté pour cette dernière distance, mais il fut disqualifié lorsque sa hache rata d’un cheveu le juge qui lui reprochait une arme non réglementaire pour ce concours. Le troll quitta le stade sous les huées du public. Un peu plus tôt, la compétition des frondeurs intéressa peu de monde, c’est sûr que proposer l’épreuve à midi avec des compétiteurs dépassant difficilement les 5 pouces (toujours ces gnomes), cela n’aide pas les supporters à apprécier le spectacle. Dans la compétition qui opposait la horde à l’alliance, nous menions deux à un après le premier jour.
Je me retournais tranquillement avec Romano vers le marché à côté de l’arène. Ce tournoi était également l’occasion pour les artisans elfes de vendre des produits locaux, leurs meilleures pièces d’armure ou d’arme. Cela faisait marcher l’économie du pays en plus de redorer le blason Sin’Dorei à l’étranger. Les dirigeants avaient peut-être pensé dissiper ainsi la méfiance que nous montraient nos nouveaux alliés de la Horde. La méfiance des humains et des nains n’importait peu à l’instance dirigeante des elfes, vu leur comportement à l’égard du prince Sundstrider pendant la guerre, mais les orcs, quant à eux, pourraient devenir un précieux allié dans un avenir proche.
22 mai 2009
Le tournoi de Silvermoon 1
Voici une nouvelle ancrée dans le monde de WoW qui nous est proposé par Benoit. Merci à lui de nourrir cette catégorie de se plume:
Le tournoi de Silvermoon
Je l’attendais avec impatience. Depuis plusieurs jours déjà, je passais mon temps à rêver de duels contre des sorcières nagas, des chamans orcs ou contre ces parvenus de druides à la peau violette en regardant par la fenêtre de ma petite chambre. Mes études en souffraient et mon maître ne cessait de me le reprocher :
- « le tournoi est dans quinze jours, à ce moment-là tu pourras admirer nos brises-sorts affronter la fine fleur des races inférieures. Alors, jusqu'au solstice et le début du tournoi, tu vas me faire un plaisir de maîtriser tes contre-sorts jusqu’au septième niveau et je ne veux plus te voir bayer aux corneilles. »
Quel rabat-joie celui-là, pensais-je à chaque fois qu’il me tirait de mes rêveries.
L’ambiance à Silvermoon était des plus étranges, le chancelier Rommath avait donc décidé d’organiser un tournoi inter-race pour contenter les citoyens elfes et leur faire oublier les changements émaillant la vie à Quel’Thalas ces dernières années. Mais tous les elfes n’étaient pas dupes. Nous qui étions si fières de notre civilisation et de notre culture, nous voilà maintenant alliés aux Trolls, cette engeance trois fois maudite et certains parmi les nôtres souffrent d’un mal étrange. Mais si seulement il n’y avait que cela, des golems arpentent les rues déclamant ce qui ressemble bien à de la propagande pro-sundstrider et le chancelier à décrété un couvre-feu. Si j’étais moins cynique, je dirais que l’on retrouve ici certaines caractéristiques d’une dictature. Enfin bref, mon peuple file un mauvais coton, mais que puis-je faire tout seul surtout à vingt et un ans et encore apprenti magicien.
Continuant à méditer sur la déchéance qui frappait mon peuple, je repensais au jour où j’avais appris l’existence du futur tournoi. C’était un matin, je devais aller à la Page Dorée, une libraire prisé par mon maître pour ses livres sur les créatures élémentaires, quand en passant par la place principale, je remarquais un attroupement autour d’un crieur public vêtu de la traditionnelle livrée jaune et rouge et affublé d’un bonnet à clochette qu’affectionnent tant les bouffons humains,.…..ridicule.
Pendant que je me rapprochais de la foule pour entendre le discours, mon ami Romano, un voleur patenté, m’appliqua une taloche sur le dos du crâne en guise de salutation.
- « Ô grand apprenti Van Persie, invocateur de phénix et chasseur de mouche, on fait les courses pour son maître ? »
Éludant ses sarcasmes, je lui demandais s’il savait de quoi retournait le discours du crieur public. Obtenant une réponse négative, nous nous rapprochâmes suffisamment près pour entendre :
- « Oyez, oyez, citoyen de Silvermoon ! »
« Le prince Kael Thas dans sa grande mansuétude et pour récompenser les citoyens de leur calme dans des moments difficiles, a décidé qu’à partir du solstice d’été se déroulera un grand tournoi au cours duquel s’affrontera dans diverses épreuves les plus grands mages, les plus grands combattants et les plus grands rôdeurs des nations présentes en Azeroth. La compétition se déroulera de la façon suivante : la horde contre l’alliance. Tout le monde peut y participer, il faut néanmoins se sentir capable de montrer aux races inférieures la supériorité elfique et celle de nos alliés. Les inscriptions sont ouvertes dès maintenant au bureau du sénéchal Travius au palais. »
En ayant assez entendus, je m’éloignai avec Romano. Mon compagnon jubilait, mais on sentait une pointe d’ironie dans ses propos et prenant une voix de stentor plein d’arrogance
- « se sentir capable de montrer la supériorité elfique aux races inférieures »
« Mais t’as entendu ça ? En gros cela veut dire que si t’es pas un noble avec plusieurs faits d’armes t’es recalé et puis c’est quoi tout ce bordel de races inférieures. Moi je te le dis, si on s’et fait étaler par les non-morts, c’est parce qu’on était trop imbus de nous-même et voilà qu’on recommence. Les dirigeants n’apprennent donc jamais rien ? pfff….. »
Je ne répondis rien car je partageais complètement le point de vue du voleur, mais à ce moment-là j’étais trop plongé dans des duels de songes pour prendre part à la critique de notre société, surtout que pour une fois, les dirigeants avaient eu, semble-t-il, une bonne idée.
22 décembre 2008
Le Gardien... Partie 13 et FIN
Dvarlim plantait et replantait la dague dans le bas du dos du géant, cherchant au mieux un point vital dans le bas de sa colonne vertébrale, ne trouvant en fait qu’une peau épaisse protégeant un corps tout de muscles noueux. Le Gardien ne parvenait pas à se défaire du Nain accroché à une corde solide qui maintenait la piteuse armure de cuir. Il s’agitait à en perdre haleine, plus irrité que vraiment blessé, cependant incapable de se concentrer sur autre chose, comme l’espérait Dvarlim. Les grands moulinets de hache tranchaient l’air inutilement autour de lui, sans succès aucun étant donnée la position inaccessible du refuge du Nain. Totalement inefficace, le colosse remua une dernière fois ses hanches sans grande espérance, puis se retourna en direction de Tu’Rim’Loëm et de Graum, plus furieux que jamais.
Avant que le Dvarlim ne comprenne ce qu’il fomentait, avant qu’il ne puisse émettre le moindre son pour prévenir ses amis, avant qu’il ne puisse escalader le Gardien pour l’empêcher d’agir d’une quelconque manière, celui-ci brandit sa hache et l’abattit sur le mage en transe, le décapitant d’un seul coup, stoppant net l’incantation inachevée, laissant le guerrier d’ébène horrifié de la vision qu’offrait le tronc encore debout de Tu’Rim’ qui continuait à agiter ses mains dans un rythme frénétique désormais incontrôlé. Le Nain ne bougeait plus, les yeux perdus dans le vide qu’offrait la mort si soudaine de leur compagnon. Le Gardien enfin libéré du dard insupportable qui mordait son dos meurtris, se tourna vers Graum et l’écrasa de son gigantesque pied. L’horrible bruit mat que firent ses os brisés sous le poids monstrueux sortit Dvarlim de son hébétude. En quelques secondes, le fils de l’Archimage du Royaume et le magnifique champion du Roi avaient été terrassés par le Gardien désormais aveugle. La peine se transforma en haine, la douleur en colère. Son visage arbora une grimace faite de lèvres retroussées et de plis profonds sur le front. Tel un Berserk, il devint fou de rage, ignorant la peur, bafouant les règles élémentaires de survie au combat. Il reprit son escalade afin d’atteindre rapidement le tête de son adversaire, dague dans sa senestre, bien décidé à transpercer sa gorge ou tout autre de ses points vitaux. Il parvient en quelques sauts au milieu du dos, s’accrochant aux quelques lanières pendantes, mais un brusque coup de reins du Gardien le ramena sur l’une de ses hanches. Il n’eut pas le temps de reprendre son ascension que le géant l’agrippa d’une poigne ferme, serrant son torse à lui couper le souffle, sans toutefois lui briser les côtes. La douleur était grande tandis que le colosse le maintenait et levait son bras pour le porter à la hauteur de sa tête, rompant par la même la rage incontrôlé du Nain.
Malgré le souffle court et le sang qui lui montait à la tête, son esprit de stratège se remit à analyser avec froideur les différentes options qui s’offraient à lui pour rester en vie et accomplir sa mission, désormais bien compromise. Il parvint à dégager ses bras d’entre les énormes doigts du Gardien, libérant ainsi sa dague en infligeant une coupure trop superficielle. A sept de pieds de lui, la lourde paupière frontale commençait à s’ouvrir. Il était temps d’en finir, il lui fallait saisir cette chance ultime. L’énorme orbite commençait à apparaître sous l’horrible chair pendante, infligeant sa couleur jaunâtre et les multiples vaisseaux sanguins violacés à la vue de Dvarlim. Il attendait l’instant ou il pourrait transpercer la pupille de sa lame de jet effilée, espérant ainsi toucher le cerveau. La paupière semblait nécessiter l’éternité et même plus pour libérer la sphère écoeurante de son carcan, laissant au Nain le loisir d’ajuster son tir. Enfin, l’iris apparaissait. Avec horreur, il dévoila sa couleur laiteuse et filandreuse, la même couleur que celle des trop nombreuses statues qui parsemaient le champ de bataille. Dvarlim compris. Trop tard. Son regard perdu dans celui, hypnotique, du Gardien, il se figea, pétrifié dans sa posture de combat, sa dague pointée vers cette cible qu’elle n’atteindrait jamais. Dans un long soupir de lassitude, le géant relâcha son étreinte sur le nouvel objet de sa collection qui vint se briser en deux au niveau du buste, roulant parmi les autres débris. La dague et le regard du Nain pointeraient définitivement vers le Passage, à quelques dizaines de pieds de l’arche de granit, sans jamais pouvoir l’atteindre. A ses cotés, les cadavres mutilés de Graum et de Tu’Rim’Loëm, commençaient leur putréfaction.
Le Gardien s’assit au hasard sur l’un des promontoires modelés par le sort du mage, les épaules abattues, le regard mort, désormais aveugle, son troisième œil déjà à l’abri de la pesante paupière. Il lâcha sa hache qui heurta le sol, le son métallique se répercuta sur les murs de la falaise, rompant pendant quelques secondes le silence de plomb qui avait envahit la plaine. Puis son corps glissa doucement, paisiblement, aussi légèrement que cette masse pouvait se faire, paraissant s’endormir de fatigue, épuisé de cette éternelle tâche de gardien du Passage. Les battements de son cœur ralentirent jusqu’à disparaître du paysage sonore, laissant les lieux sans aucun bruit.
Quelques minutes plus tard, les frémissements d’un bosquet lointain vinrent rompre l’inquiétante quiétude, puis un renard sortit du bois en reniflant le sol. Il leva la tête, respira l’air tiède de ses naseaux humides, et trottina en direction du Passage. Un merle survola la scène et se posa au dessus de l’arche de granit, gratifiant le paysage d’un sifflement joyeux.
FIN
19 décembre 2008
Le Gardien... Partie 12
Graum et Dvarlim courraient cote à cote, le Nain grogna :
- Comme aux temps bénis de la chasse au Dragon. Je grimpe, tu perces.
- Entendu.
Ils se croisèrent pour prendre la trajectoire voulue, le Nain en direction du pied droit du Gardien, le guerrier d’argent et de jais directement entre ses jambes. Tu’Rim’Loëm psalmodia un vers elfique et les deux combattants gagnèrent en allure. A quelques pas du Gardien, Dvarlim abandonna son marteau de guerre et lança sa dague vers l’œil valide de sa proie avec une précision inégalée, décuplée par un enchantement du fils de l’Archimage. Le Nain ne regarda même pas le dard pénétrer le globe oculaire dans un écœurant bruit visqueux et il continua sa course pour s’accrocher à la botte du colosse qui hurla sa douleur. Tout en s’agrippant et en grimpant le long du mollet puis de la cuisse de la bête désormais en furie, il perçut un râle plus aigu que les cris rauques du géant. Il stoppa net sa course et jeta un œil en contrebas, confirmant ce qu’il redoutait : Graum était sévèrement touché. Sa senestre était décharnée sur toute sa longueur, laissant apparaître os et chair sanguinolente, l’aspergeant d’un rouge vif tranchant avec le noir de sa peau et le blanc de son armure. Il était sonné par la violence de sa blessure, titubant en regardant la plaie, ignorant totalement le Gardien qui revenait à la charge. Dvarlim se ressaisit, dégaina une deuxième dague et la planta à plusieurs reprises dans le postérieur du géant. Il n’était plus temps de stratégie mais de la survie de Graum.
Pendant que le Gardien se démenait tant bien que mal à éliminer cet insecte agressif que représentait le Nain, remuant sur place dans toutes les sens, lançant sa haches dans toutes les directions, Tu’Rim’ psalmodia une rune de soin pour stopper l’hémorragie et sortir le guerrier noir de sa torpeur. Ceci fait, il entama une longue et difficile incantation, dont chaque vers, chaque mot, guidait les tissus à se reconstruire, à se remodeler. Les yeux révulsés, l’esprit dans un tout autre monde, le mage recréait via son Mana le bras de Graum. Il voyait les chairs meurtries se guérir, les tendons se reconstituer, se fixer sur les os, les entraînant dans sa mélopée à effectuer ce labeur à une vitesse artificielle. Pendant quelques secondes, Graum regarda avec un mélange d’impatience et d’appréhension son bras luire d’un éclat verdâtre et retrouver forme, puis il laissa le Mana œuvrer pour son bien, et se dirigea à nouveau vers leur ennemi, l’épée dans sa main valide.
16 décembre 2008
Le Gardien... Partie 11
Tu’Rim’Loëm compris rapidement son échec sans réellement en percevoir la cause. Il décida toutefois de passer à la seconde phase de son incantation. Tout en continuant son chant elfique, il pris son bâton à deux mains, verticalement, et l’enfonça d’un geste brusque dans le sol. Il pénétra la terre rocailleuse d'un demi pied de profondeur avec autant de facilité que si c'était du sable. La racine se recroquevilla rapidement sur elle-même, retournant d’où elle venait, et de l'impact du bâton naquit une fissure juste devant le mage. En une fraction de seconde, le terrain se déchira en direction du Gardien. Des trous profonds de dix pieds se formaient, des promontoires de même hauteur naissaient, le tout avec un fracas assourdissant et dans un nuage de poussière qui boucha rapidement la vue des trois compagnons.
Durant l'incantation, les deux guerriers s'étaient écartés du champs de bataille pour se placer quelques pas en arrière de Tu'Rim'. Tout trois désormais attendaient que la calme revienne pour connaître le verdict. Il leur sembla que le temps s'était arrêté. La poussière retomba dans une infinie lenteur, laissant à peine apercevoir plus que des masses d'ombres immobiles. Ils plissaient les yeux à la fois pour les protéger et pour percer l'opacité qui les séparait du colosse. Et puis ils virent.
Entouré pas le chaos terrestre invoqué par le magicien, le Gardien se tenait au sol, un genou à terre, les bras croisés reposant sur le deuxième, la tête enfouis dans cette protection de fortune, sa hache posée à coté, le tout sur une surface parfaitement plane, aucunement touchée par l'attaque du serviteur de Kil’Ha et de son allié Élémentaire. Le fils de l'Archimage en avait la bouche bée. Les forces de la nature, au tout au moins la puissance tellurique de Rauquys, ne pouvait atteindre le géant. Derrière lui, Dvarlim murmura un « Maintenant! » et le Nain se rua vers le Gardien, immédiatement suivit par Graum qui rangea en courant sa bâtarde dans son dos et dégaina ses deux lames favorites, forgées par les Nains les plus doués qui soient. Ils mirent plus de temps que nécessaire à courir jusqu'à leur ennemi, gênés par le terrain désormais dévasté, mais ils se démenèrent sans faiblir, espérant attaquer avant que le Gardien ne reprenne une position offensive. A une demi douzaine de pas de rejoindre le sol épargné par le sort de Tu’Rim’, Graum vit le géant relevé la tête dans leur direction. Il semblait plus haineux que jamais. Sans arrêter sa course, enjambant le dernier monticule de rocs, le Nain mis sa dextre à la cuisse et trouva naturellement le manche de sa première dague de jet. Courir en portant son lourd marteau uniquement de la main gauche ne semblait pas le déranger outre mesure. Parfaitement équilibré, la dague prolongeait naturellement son poignet, prête à jaillir au moment voulu par son possesseur. Le duo parvint enfin dans l’arène naturelle alors que le colosse se relevait lentement tout en refermant une main sur la hampe de sa hache. Le mage les avait suivis d’une envolé légère, garantie par l’aide requise d’un Zéphyr qui le déposa délicatement sur un promontoire en retrait.
13 décembre 2008
Le Gardien... Partie 10
Tu’Rim’Loëm n’en croyait pas ses yeux. Il avait suivit l’assaut en détails pour intervenir en cas de besoin. Graum l’avait époustouflé par son sang froid face à la hache qui s’apprêtait à le terrasser. Lui-même avait faillit invoquer un bouclier pour éviter à son ami une mort certaine. Puis les deux guerriers avaient enchaînés une Serre de Griffon dans les règles de l’art afin de briser les jambes du Gardien. La lame effilée du guerrier de jais avait tranché sans efforts le vieux cuir qui protégeait les jambes du Colosse mais elle n’entama pas plus que la peau du genou, laissant une fine ligne de sang pour seule preuve de l’assaut. De son coté, Dvarlim avait frappé de toutes ses forces avec le coté pointu de son marteau, et il n’avait obtenu qu’une maigre ecchymose apparaissant derrière la cuissarde déchiquetée à l’endroit de l’impact. Le résultat de cette attaque parfaite était bien décevant, et l’inquiétude commença à se lire sur le visage du Nain. Le fils de l’Archimage sonda sa mémoire infaillible afin d’y trouver un sort pouvant leur redonner l’avantage. Il était clair qu’il fallait faire tomber le Gardien afin d’approcher ensuite ses points vitaux. C’était exactement ce que ses deux compagnons avaient cherché à faire en exécutant la Serre de Griffon.
Puisque le combat classique ne donnait rien, il décida d’invoquer l’aide des Élémentaires, seuls sorts offensifs autorisés aux élèves de Kil’Ha. Le mage ferma les yeux et traça des runes de mana dans l’air tout en chantant dans la langue sacrée des Anciens. Il décida de mettre le paquet tout de suite, étant donnée la puissance de leur adversaire. Il appela Rauquys par son chant incantatoire, requérant son aide où qu’il soit, au nom des liens ancestraux qui unissaient Kil’Ha aux Dieux Élémentaires. Autour du mage, un tourbillon de poussière naquit, puis grossis jusqu’à faire la taille d’une petite tornade, centrée sur le bâton de Tu’Rim’Loëm. Le Gardien semblait interloqué par le phénomène et ne bougeait plus, attendant la suite des événements, plus curieux qu’inquiet. Les deux guerriers prirent leur distance afin de ne pas subir les affres convoquées par le mage.
Aux pieds du sorcier naquit une racine qui se mit à pousser au sol en direction du Colosse. Elle était d’un vert très foncé et arborait des épines de deux pouces de long. Elle progressa vers sa proie à une vitesse affolante, grossissant à sa base jusqu’à atteindre un pied de large, et se ramifiant à l’infini pour former un cercle de ronces denses autour de sa cible. Elle stoppa ainsi sa croissance, suspendant sa course aux désirs du fils de l’Archimage. Celui-ci rouvrit les yeux. Ils étaient d’un blanc uniforme, sans iris ni pupille. Il pointa son bâton sur le Gardien, puis cria les deux derniers vers qui formaient l’incantation, ordonnant à la Nature de piéger sa cible. Le champ de ronces fut parcouru d’un frémissement puis il repris sa progression, menaçant le Gardien de sa noirceur, de sa densité, et de ses épines acérées. Ce dernier était resté perplexe à la vue de ce végétal pourtant agressif. La ronce atteignit les bottes du Géant et se mit à jaunir à son contact. Elle séchait instantanément avant même de pouvoir pénétrer cuir et chairs, de pouvoir enlacer les chevilles et immobiliser sa proie de son étreinte.
10 décembre 2008
Le Gardien... Partie 9
Sans attendre, le fils de l’Archimage pris une bonne distance avec le Gardien. Sa survie était essentielle au groupe pour triompher de ce combat et des épreuves à venir. Il n’avait pas le droit de périr. Dvarlim lança sa première attaque pendant que le colosse ramenait sa hache à lui. Il n’essaya pas vraiment de toucher, juste de détourner l’attention de leur ennemi pour donner le temps à Graum de reprendre ses esprits et au mage de se mettre à couvert. Il lança son marteau en direction du genou droit du Gardien, puis visa le pied gauche, le tout avec vivacité, sans trop de force dans les coups. Le géant pouvait difficilement parer les attaques à l’aide de son arme, étant donnée la petitesse de son adversaire. Il évita donc le premier assaut en reculant d’un pas, puis le deuxième en ramenant sa jambe également en arrière. Enfin, il balaya le sol devant lui du bout du manche de sa hache pour chasser cet insecte qui le harcelait, obligeant le Nain à stopper sa diversion. Graum s’était remis en place, sur la gauche du Gardien, et Dvarlim repris son poste de l’autre coté.
- Une attaque Serre de Griffon, tu connais ?
- Tu m’insultes là… J’ouvre et tu suis !
Le guerrier noir rengaina ses deux lames et sortie la bâtarde de son fourreau dorsal. La prenant d’une main à hauteur de ses yeux et le coude en arrière, il la pointa en direction du colosse. Son bras gauche était également à l’horizontal vers l’avant, pour assurer une position d’équilibre parfait. Le géant ne resta pas insensible à la posture offensive et arrogante de son adversaire. Il jeta sa hache dans sa direction tout en grognant sa haine. Cette botte était très dangereuse et demandait beaucoup de sang-froid. Sa réussite dépendait avant tout d’un découpage très précis, qui pouvait se révéler mortel en cas d’échec. Graum attendit, campé sur ses appuis jusqu’au dernier moment. A l’instant où la lame allait le trancher, il laissa sa jambe droite se dérober sous lui, accompagnant la chute pour effectuer une roulade vers l’avant. Parfaitement maîtrisée, la passe d’arme se révélait imparable. Dans une synchronisation exemplaire, Dvarlim et Graum visèrent de toutes leurs forces chacun un genou du Gardien, latéralement. L’impact fut violent pour les deux compagnons d’armes et chacun ressentit une vive douleur dans le bras. Malgré tout, ils reculèrent en position défensive pour terminer leur attaque sans rester à découvert.
07 décembre 2008
Le Gardien... Partie 8
- Négociation rompue, hurla Dvarlim en prenant une posture défensive.
Tu’Rim’ se mit en retrait du duo de guerriers qui se prépara à recevoir leur imposant adversaire. Le monstre s’avança relativement rapidement en comparaison de sa masse, sa hache prise à deux mains, devant son torse. Puis, dans un même élan, il balança l’arme au dessus de son épaule droite sur le quatrième pas, pour la ramener latéralement vers la gauche au pas suivant afin de tailler d’un coup les deux combattants. L’attaque était prévisible pour les soldats d’expérience qu’ils étaient. Dvarlim eu peu de mal à éviter la lame en effectuant un roulé boulé en arrière. Graum décida d’intercepter l’arme en sautant vers l’avant et en présentant ses deux épées croisées face à la hampe. Mais il ne s’attendait pas à tant de force, accompagnée de tant d’élan, et il fut projeté en arrière, le souffle coupé par l’impact au sol. Le géant prolongea la course de sa hache afin d’utiliser son inertie au maximum. Il ramena le long manche au dessus de son épaule gauche, puis au dessus de sa tête et tenta de trancher le mage de haut en bas. Tu’Rim’Loëm eut juste le temps de lever son bâton horizontalement au dessus de sa tête et de psalmodier quelques mots secrets pour invoquer un puissant bouclier. La hache cogna contre le mur magique, le brisant net sous l’impact puis continua sa course heureusement déviée, frôlant l’arme du mage pour finir contre le sol, quelques étincelles résultants du choc. Le premier assaut était passé.
02 décembre 2008
Le Gardien... Partie 7
Et dans une gestuelle sans pareil, rythmée par un chant aux sonorités elfiques, Tu’Rim’Loëm entama une série de sorts destinés à créer quelques boucliers magiques et appeler un surcroît de force et d’agilité pour l’éventuel combat à venir. La magie se matérialisa sous forme de bulles successives englobant chaque compagnon de couleurs chatoyantes avant de disparaître lentement.
Le trio était prêt et quitta l’abri formé par la canopée pour s’engager en direction du colosse, toujours assis sur son immense rocher. Dvarlim marchait devant, le magicien venait ensuite, et Graum fermait la procession. Aussi inattendue en cette période du solstice d’été que soudaine, une bise se leva, leur hérissant le poil et leur glaçant les os sous leurs armures et leurs vêtement. Le Nain et le fils de l’Archimage ignorèrent l’événement, mais Graum sentit soudain peser sur lui un mauvais augure, une sorte de mise en garde de la nature. Ils continuèrent leur marche jusqu’à une centaine de pas du Gardien, distance à laquelle celui-ci se leva brusquement et tourna la tête dans leur direction.
Il était encore plus grand que le Nain ne l’avait estimé durant son observation et ils se rendirent compte à cet instant que le colosse pouvait les rejoindre en cinq enjambées à peine. Dvarlim s’éclaircit la voix pour s’adresser au Gardien qui ne lui en laissa pas le temps :
- Personne passer ici ! tonna sa voix qui prit écho dans les falaises environnantes.
Le Nain, déstabilisé par cette déclaration qui n’attendait aucun retour, se tourna vers ses compagnons en quête d’un soutien. Il ne reçu qu’un regard insistant du mage qui le poussa a entamer la discussion.
- Je me nomme Dvarlim, fils de Korloum et champion du vénérable peuple Nain. Et voici Tu’Rim’Loëm, fils du grand Archimage du Royaume Li’Ret’Loëm, digne représentant de la race des Anciens. Et enfin Graum, fils de Satraacham notre grand Roi, et champion du peuple des Hilomes. Nous souhaiterions emprunter le Passage. Il en va de la survie du Royaume. C’est pourquoi nous osons troubler ta quiétude, grand Gardien, et sollicitons ta compréhension de manière pacifique.
- Paix vouloir ? Petits êtres avoir armes, armures, et magie. Pas paix, guerre vouloir !
Et il chargea.












